AGIR

Chaîne You Tube

Amnistie pour les syndicalistes

Jean-Luc Mélenchon : amnistie pour les syndicalistes « aux Antilles et dans toute la France »

Publié le13/12/2016 à 21:23, mis à jour le13/12/2016 à 21:48

 
© LCP | Jean-Luc Mélenchon candidat de la France insoumise à l'élection présidentielle
Alain Jeannin

Jean-Luc Mélenchon sera en Martinique ce vendredi 16 décembre puis en Guadeloupe le lundi 19 décembre. Le candidat de la France insoumise à l'élection présidentielle nous a accordé une interview depuis le Parlement européen de Strasbourg. 

Pour Jean-Luc Mélenchon, les Outre-mer sont la chance de la France. Ils pourraient être des pointes avancées de la planification écologique et du progrès humain. Et le candidat à l’élection présidentielle de dénoncer un système inégalitaire d’économie de comptoir, de précarité et de pauvreté de masse.

Amnistie sociale

Au Parlement européen, son agenda est particulièrement chargé. Pourtant, Jean-Luc Mélenchon trouve le temps nécessaire pour évoquer son déplacement politique en Martinique et en Guadeloupe. Et notamment pour annoncer une mesure en faveur des représentants des salariés. S'il est élu à la présidence de la République Jean-Luc Mélenchon prononcera une amnistie sociale aussi étendue que possible pour tous les syndicalistes, et notamment ceux de Martinique et de Guadeloupe.

Le 1ere.fr. Vous serez jeudi soir en Martinique et en début de semaine prochaine en Guadeloupe, un déplacement qui sera l’occasion de rencontres avec la population antillaise pour laquelle vous réclamez l’égalité réelle...

Jean-Luc Mélenchon : « Je vais aux Antilles en plein choc de la campagne présidentielle. Je souhaite présenter mon projet de programme et dire aux Antillais, maintenant vous pouvez réagir, mon projet est ouvert, ce sera le vôtre (…) je voudrais leur dire aussi qu’ils ont essayé un modèle qui a totalement échoué, le régime des défiscalisations et des aides aux entreprises. Au bout du compte, les gens se rendent bien compte que ça ne change rien à leur vie et à leurs difficultés. Je veux changer le modèle, je veux des ingénieurs et des techniciens antillais qui soient à la pointe de l’économie de la mer. Je propose une autre logique, je propose de produire aux Antilles avec les compétences locales et d’exporter du savoir vers les autres. Et dans le même temps, je défends la place pleine et entière des services publics dans le cadre de l’égalité réelle ».

De nombreux syndicalistes antillais ont été condamnés, en proportion beaucoup plus que dans l'hexagone, sur place les tensions sociales sont souvent vives, que fera Jean-Luc Mélenchon s’il est élu président de la République ?

Jean-Luc Mélenchon : « Je procéderai à une amnistie sociale. Il y a en Martinique et en Guadeloupe une atmosphère extrêmement tendue et de façon extrêmement provocante. On criminalise l’action syndicale. Il faut un retour à une relation normale et d’autant plus que je ne crois pas qu’il y ait une rigueur comparable en ce qui concerne le patronat. Arrêtons cette comédie qui est triste à subir pour celles et ceux qui supportent des condamnations. Je prononcerai une amnistie sociale aussi étendue que possible, aux Antilles et dans toute la France ».

Les meetings et rencontres de Jean-Luc Mélenchon avec la population antillaise. Programme prévisionnel.
Samedi 17 décembre à 11 heures au marché bio du Lamentin, rencontre avec les producteurs du Groupement régional des agriculteurs et la population. À 15 heures, réunion publique à l’Institut martiniquais du Sport route du Vert Pré au Lamentin.
Lundi 19 décembre à 10 heures, visite du port de Pointe-à-Pitre et rencontre avec les dockers. 19 heures, réunion publique au Palais des Sports et des congrès du Gosier. Mardi 20 décembre, visite de la centrale de Bouillante.

 

 

 

La France, puissance maritime qui s’ignore

Texte publié dans La Revue internationale et stratégique N°95 (IRIS)

>> Télécharger la version pdf de ce dossier

 

La France dispose du deuxième territoire maritime du monde. «Les larmes de nos souverains ont le goût salé de la mer qu’ils ont ignorée ». Cette phrase de Richelieu porte toujours : le gouvernement de François Hollande méprise ce potentiel de notre pays. La mer est pourtant le nouvel horizon de l’humanité. Elle est aussi un bien commun essentiel gravement menacé. Et la France ? Son devoir est fixé par son rang. C’est une opportunité fantastique pour notre peuple dans le siècle qui commence. La mer a le goût du futur pour les Français.

La mer, nouvelle frontière de l’humanité

La mer est d’abord un espace plus méconnu que la surface de Mars ! Cependant c’est l’espace le plus vaste de notre planète ! Plus étendu que le monde connu lui-même : les océans couvrent 70 % de la surface du globe. Observons que plus des deux-tiers de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres d'une côte. La suite se devine. Car l’expansion humaine a fini d’occuper l’essentiel de la surface disponible sur la terre ferme. Avec 7 milliards d’individus, l'humanité est vouée à se tourner davantage vers la mer pour y trouver les ressources qui lui manque à terre : alimentation, eau potable, énergie, etc. La France dispose d’un trésor.

L’entrée en mer a commencé

N’en parlons pas au futur. L’entrée de l’humanité en mer a déjà commencé. Elle a débuté sur le mode néolibéral productiviste : la cupidité commande. Le saccage est largement engagé. Directement, par le pillage, ou comme conséquence des pratiques à terre. Du peu qu’on en voit, le pire est déjà là. Ainsi cette immense zone morte de 22 000 km² dans le golfe du Mexique : la vie marine y a totalement disparu, à cause des pollutions d'origine agricole ruisselant dans le Golfe. Face à Cassis, la calanque de Port-Miou se remplit des boues rouges de l’usine de bauxite. Quant à l’explosion du trafic maritime, on sait son prix en termes de dégazages sauvages ou de naufrages volontaires des vieilles carcasses (beaching). La haute mer n’est pas épargnée, comme en atteste ce sixième continent, fait de milliards de déchets plastiques flottants empilés sur plus de vingt mètres.

Et pourtant la mer nous fait vivre déjà un bouleversement inouï. Certes, la pisciculture est souvent une abomination pire que celle des élevages porcins. Pour autant, elle est un exemple particulièrement spectaculaire si l’on veut bien y réfléchir. Pour la première fois de l’Histoire, en 2013, les quantités de poissons produits par l'aquaculture égalent les quantités pêchées ! Le temps de la « cueillette » en mer est en train d'être dépassé. Exactement comme la chasse a été remplacée par l'élevage il y a près de dix mille ans.

La mer, un bien commun menacé

La mer est indispensable à l’écosystème qui rend possible la vie humaine. Toutes les généalogies d’êtres vivants ont commencé en mer. Elle reste le grand régulateur de notre écosystème. Elle absorbe 80 % de la chaleur produite par la planète et 20 % des émissions de CO2. Sans les mers, le changement climatique serait plus rapide, le sort de la vie humaine probablement déjà réglé. La mer est donc un bien commun de l’humanité. La question n’est pas de savoir s’il faut s’intéresser à elle, mais comment et pour quoi faire. Va-t-on reproduire au large les mêmes dégâts que ceux provoqués à terre ? Ou bien en entrant en mer de façon maîtrisée n’allons-nous pas du coup changer le mode de production terrestre ? La France peut agir de façon décisive. Elle ira en tête de ce nouvel âge de l’expansion humaine. « Liberté-égalité-fraternité » est une meilleure préparation à l’universalisme maritime que l’étroit appel au « deutschen Volke » invoqué sur la façade du Bundestag ou le stupide « in God we trust » proclamé sur chaque dollar ! Sinon ? Voyez la pente prise : aujourd’hui, ce bien commun est tellement malmené ! Saccagé par le productivisme. Pillé par l’appropriation privée. Déchiré par les tensions entre et à l’intérieur des nations.

La menace du productivisme

Ce n’est sans doute qu’un début. Premier réservoir des ressources rares, la mer aiguise de féroces appétits. Elle contient 90 % des réserves d'hydrocarbures de la planète et 84 % des réserves de minerais et de métaux. Allons-nous laisser les firmes transnationales exploiter ces ressources comme elles l'entendent ? Les marées noires sur les côtes n’ont-elles pas suffi à nous alerter ? Elles se multiplieront si nous laissons exploiter les hydrocarbures qui se trouvent au fond des mers, comme ce projet de forage à 3 000 mètres de fond face au cap Horn, ou au large de la Guyane française. La mer est la première réserve de biodiversité. Nous connaissons à peine 15 % de la faune et de la flore marines. Cette merveille sera-t-elle détruite alors même qu’elle contient tant de réponses concrètes aux limites actuelles de la connaissance en biologie ?

La mer, au cœur des tensions politiques et géopolitiques

La mer est à l’origine de tensions géopolitiques. Certes, ce n’est pas nouveau. Mais les tensions existantes se renforcent et de nouvelles se créent. La lutte pour l'appropriation de l’espace maritime fait rage. Dans chaque nation, ce sont les conflits d'usage entre pêcheurs et plaisanciers, entre implantations d’éoliennes et zones de pêche. Il en va de même entre les nations. Des îlots au sous-sol maritime prometteur, hier ignorés, deviennent des enjeux pour lesquels se déploient navires de guerre russes, japonais ou chinois. Le réchauffement climatique et la fonte des glaces de l'Arctique aiguisent les appétits. Les zones libérées des glaces ne sont pas toutes cartographiées. Où passe la frontière entre la Russie et le Canada ? À qui appartiennent le sol et le sous-sol marins ? La France est muette. Jusqu’à ce qu’au Sud, la Terre Adélie française soit disputée ?

La menace de la privatisation

Partout, la privatisation de tous les usages de ce bien commun est à l'œuvre. Voyez en Grèce la privatisation du port du Pirée à Athènes, ou la vente à la découpe du littoral. Le Parlement français vient, pour sa part, d’autoriser les mercenaires privés à protéger les navires pour compenser le désengagement de la Marine nationale. Et l'Union européenne (UE) a acté la création de droits de pêche qui pourront se vendre ou s’acheter. Cela revient à reconnaître un droit de propriété sur une partie de la ressource avant même qu’elle n’ait été récupérée. D’où vient ce droit ? Quelle est sa légitimité ? De tels droits transférables développent la financiarisation de la pêche au profit des grands groupes. Comme l’a dit si justement Isabelle Autissier lors des Assises écosocialistes de la mer organisées par le Parti de Gauche en janvier 2014 à Toulon : « ceux-là placent de l’argent dans le poisson comme ils en placeraient dans la chaussette. Et le jour où il n’y a plus de poissons, ils retournent dans la chaussette. Le pêcheur, lui n’a pas d’autre choix que de préserver la ressource ». Le capitalisme financier est une maladie mortelle pour la biomasse marine !

Faire entrer la politique en mer

Parfois la mer est là en politique. Comme touche d’évasion exotique de programmes austères. Hors sujet ! Les questions maritimes interpellent directement le cœur des raisonnements politiques.

Un enjeu de civilisation

La mer est au carrefour des grandes bifurcations de notre temps. La bifurcation anthropologique d’abord : l’humanité est plus nombreuse et plus urbaine que jamais. Et c’est sur les littoraux que se trouvent les plus grosses et les plus dynamiques concentrations de populations. Puis vient la bifurcation géopolitique : la concurrence du leadership mondial des États-Unis par la Chine se traduit en termes maritimes, les États-Unis s’arc-boutent sur l’Alliance atlantique pour se tourner plus fortement vers le Pacifique d’un point de vue commercial ou militaire. La bifurcation climatique donne encore plus de poids aux enjeux maritimes. Imaginons les conséquences sociales de la montée du niveau des mers. Imaginons les conséquences géopolitiques de l’ouverture régulière des routes maritimes passant par le pôle Nord : que deviennent alors les canaux de Suez et de Panama ? Et s’il est possible d’éviter les canaux, pourquoi limiter la taille des navires et donc des ports ? La carte de la puissance économique en sera bouleversée. La mer est au cœur des enjeux planétaires.

Une responsabilité particulière pour la France

Selon le service hydrographique et océanographique de la Marine, notre pays compte 18 000 kilomètres de côtes. Surtout, avec 11 millions de km², nous disposons du deuxième territoire maritime du monde, juste derrière les États-Unis ! Ce territoire représente plus de seize fois notre territoire terrestre. C’est alors un changement de paradigme national : 97 % du territoire maritime français se situe dans nos outre-mers, si souvent dédaignés. C’est surtout un enjeu international. La France a le 41e territoire terrestre du monde. Mais en additionnant les territoires terrestre et maritime, la France est le sixième géant du monde, juste derrière le Brésil, mais devant la Chine ou l’Inde ! Combien de Français savent que le territoire national s’est accru de 10 % sans une guerre, dans les années 2000 ? Cela parce que la France, avec le programme Extraplac, a pu remettre à temps à l’Organisation des Nations unies (ONU) les preuves scientifiques prouvant la continuité physique des nouveaux territoires maritimes connus avec ceux déjà reconnus à notre pays. Sur cette nouvelle mappemonde, la France n’est plus la petite nation « occidentale » qu’a fait d’elle son adhésion à l’OTAN. C’est une puissance universaliste présente sur les cinq continents dans leur contexte maritime. Ses alliances sont nécessairement altermondialistes plutôt qu’atlantistes.

La France défaite

Cette responsabilité et ce formidable potentiel sont totalement ignorés.

Prétendue compétitivité contre intérêt général

La poursuite aveuglée de la « politique de l’offre » conduit à un rabougrissement de la pensée dont notre politique maritime est l’une des premières victimes. Les exemples sont légion. Le président de la République ne s’est jamais exprimé sur le sujet. Il n'y a pas une ligne sur la mer dans le rapport de Louis Gallois sur la compétitivité du pays ni dans le Pacte de compétitivité que le gouvernement Ayrault a présenté dans la foulée ! Quant aux 34 « plans filières » de la « nouvelle France industrielle » présentés par Arnaud Montebourg, ce n’est guère mieux. À peine une trace. On y trouve tout juste dix mots sur les énergies marines, noyés dans l'ensemble du plan sur les énergies renouvelables. Et un seul des 34 plans concerne spécifiquement la mer : il s'agit de la filière de construction des « navires écologiques ».

Libéralisme contre indépendance nationale

Mais même dans cette filière, l’inaction est de mise si l’on en juge par l’absence de réaction gouvernementale au départ de l’actionnaire coréen STX, détenteur de 66% des chantiers navals de Saint-Nazaire. Pourtant, l’État est déjà actionnaire à hauteur de 34 %. Le départ de STX pourrait être l'occasion de retrouver une participation majoritairement publique et nationale dans ce groupe. Ce serait un atout précieux pour engager la conversion de la filière, pour construire mieux et déconstruire proprement les navires. 120 navires de guerre à démanteler, 5 000 bateaux de pêche, 20 000 bateaux de plaisance en fin de vie chaque année sont ignorés. Mais le gouvernement laisse faire. Comme il laisse Veolia couler le plan de sauvetage de la SNCM, qui prévoyait l’achat de quatre navires fonctionnant au gaz naturel liquéfié qui auraient dû être produits à Saint-Nazaire.

Le cas Alstom est emblématique de ce laisser-faire contraire à l’intérêt national maritime. Alstom est un pionnier des hydroliennes et des éoliennes offshore, désormais à moitié abandonnées à General Electric. L’entreprise a même remporté l’appel d’offres pour l’implantation du premier champ d’hydroliennes au large des États-Unis. Notre Marine nationale dépend aussi directement de cette entreprise pour les turbines de ses plus éminents vaisseaux : le porte-avions Charles de Gaulle et les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. C’est par la mer que l’avenir d’Alstom est le plus intimement lié à l’indépendance nationale. À cette démission s’ajoute une politique d’économies mutilantes : la politique d’austérité frappe durement le secteur. Le budget de l’État pour la Mer a ainsi été réduit de 5 % en 2013, puis de 2 % en 2014. Et ce n’est pas fini : le plan de 50 milliards d’euros d’austérité prévu pour la période 2015-2017 va encore frapper.

La mer, nouvel horizon français

Dans le secteur maritime aussi, tout est à reconstruire. L’intérêt général doit reprendre le dessus. Dès lors la mer nous invite à rebâtir la France elle-même.

Vive la « souveraineté maritime »

C’est de la souveraineté du pays, et donc de son peuple, dont il est question. L’heure est venue pour la France de reconquérir sa « souveraineté maritime ». Cela commence par la connaissance et la protection du territoire national. La Marine nationale doit avoir les moyens de protéger nos côtes, nos fonds marins mais aussi les navires battant pavillon français face aux pirateries. La défense du pavillon français passe également par la lutte contre les pavillons de complaisance et le dumping. Nous devons pouvoir lutter contre la pêche illégale avec nos propres moyens de surveillance et d’arraisonnement. Nous devons pouvoir protéger nos littoraux et l’écosystème marin sous notre souveraineté : la lutte contre les pollutions nécessite des moyens pour l'action de l'État en mer et pour les douanes.

Notons encore ceci : notre souveraineté en matière d'approvisionnement pétrolier par la mer implique une option protectionniste pour développer une flotte sous cocon. Je note ce point pour que l’on comprenne l’enchaînement de décisions qui conduisent de la souveraineté en mer à l’industrie. Pour garantir la souveraineté de notre approvisionnement, l’arsenal législatif existant est insuffisant. La loi de 1992, qui fixe un quota minimum d'importation de pétrole brut sous pavillon français, doit être étendue aux produits raffinés et le quota déjà fixé doit être relevé. Cela suppose que nous soyons capables de construire, réparer, démonter et recycler nous-mêmes les navires affectés à cette tâche.

Un laboratoire de l’écosocialisme

Parler de la mer, c’est reconsidérer ce que nous faisons à terre. Le lien est évidemment physique. Le tsunami à Fukushima nous enseigne qu’un fait naturel prend un impact nouveau avec la présence d’installations humaines sur les côtes. La hausse du niveau des mers concernera tout le monde. La question se pose sous nos yeux, sur nos littoraux. La moitié de la population française vit à moins de 100 kilomètres d’une côte. Combien d'installations faudra-t-il déménager ? Qui va organiser cela ? Le marché ? Songez à l’aéroport de Nice par exemple, construit partiellement sur une avancée en mer. Pensez à la centrale nucléaire du Blayais, sur l’estuaire de la Gironde, que la tempête de 1999 a déjà failli noyer. La mer grignote le bâti que l’argent roi lui impose sans précaution. Et comment relancer nos ports sans développer, à terre, les zones multimodales nécessaires ? Mais le lien est surtout intellectuel. Il s’agit du modèle de développement, de la gestion des biens communs, de la prise en compte de l’impératif écologique. La mer est un domaine concret de l'écosocialisme. Elle ne peut être l’espace réservé à une pratique écologique tandis que tout continuerait comme avant à terre. L’aval commande ici l’amont ! L’économie de la mer étend nécessairement le modèle de l’économie écologique à tout le système productif.

Un formidable potentiel d’énergies renouvelables

L’une des applications les plus évidentes est dans le processus de transition énergétique. Au niveau mondial, on estime que la mer est une réserve énergétique quatre-vingt fois supérieure aux besoins actuellement recensés. Pour sortir des énergies carbonées – et du nucléaire –, il nous faudra produire de l'électricité autrement. Notre territoire dispose d'un énorme potentiel. La France a ainsi le deuxième gisement hydrolien d’Europe, permettant de produire de 3 à 5 gigawatts soit l’équivalent de deux à trois centrales nucléaires. Il faut y ajouter l’éolien offshore, l’exploitation de l’énergie mécanique des mers ou encore des différences de température entre le fond et la surface des mers. Nos outre-mer peuvent montrer la voie et trouver un espace de développement en visant l’autonomie énergétique. Mais le littoral métropolitain est tout aussi riche. L’un et l’autre peuvent, en toute hypothèse, extraire l’électricité naturellement contenue dans l’eau. Encore faut-il s’en donner les moyens ! Quel spectacle lamentable de voir nos champions industriels s’affronter au lieu de coopérer : Alstom produit des éoliennes offshore avec EDF contre GDF, mais des hydroliennes avec GDF contre EDF ! À quand un pôle public de l’énergie permettant de faire travailler ensemble ces entreprises ? J’ajoute que l’exploitation de ce potentiel d’énergies marines ne s’oppose nullement aux activités des pêcheurs si j’en crois ce qu’on m’a dit à Saint-Malo : les pêcheurs s'apprêtent à utiliser les pieds des éoliennes pour élever des homards.

Le nouvel or sera-t-il vert ?

La mer fournit aussi des pistes solides pour sortir du pétrole. Par exemple pour produire du plastique à partir d'algues. Les brevets sont en Bretagne. Ils permettent déjà de fabriquer des coques de téléphone, des porte-cartes et même des jouets de plage ! On est encore loin de concurrencer les productions plastiques à base de pétrole. Mais la commande publique pourrait aider à cette conversion, par exemple en équipant de porte-cartes en algues les usagers des transports en commun.

Il en va de même des algocarburants. À surface égale, les algues produisent trente fois plus de carburants que les agrocarburants comme le colza. De plus, les conditions de production d’algues sont relativement simples à réunir : de l’eau, du soleil et du CO2. Pourtant, notre production reste résiduelle. Car aujourd’hui, la production d’algocarburants coûte dix à quinze fois plus cher que celle d’agrocarburants, si l’on met de côté le coût social et humain de cette production. Le marché sera donc incapable d’intégrer cette alternative dans le mix énergétique.

Autre exemple : l’algoculture pour l’alimentation. C’est également l’une des clés du monde de demain. Il est illusoire et dangereux de vouloir nourrir en protéines 7 milliards d’êtres humains uniquement par l’élevage animal ou la pêche. Même la pisciculture n’y suffira pas. Par contre, la micro-algue spiruline produit neuf tonnes de protéines par hectare cultivé, soit neuf fois plus que le soja !

Au-delà des algues, plusieurs organismes marins offrent à la science et à la médecine des horizons nouveaux. Bien sûr, la recherche est encore en cours et il ne peut être question d’idéaliser la science et la technique sans réfléchir à leur utilisation. Mais comment taire l’espoir formidable que représentent les essais de création d’un sang humain de substitution à partir de l’hémoglobine du ver de vase Arenicola marina ? Ou les potentialités offertes à la recherche contre le cancer par les travaux sur les cellules des éponges ? Dans tous ces domaines, les Français marchent en tête du savoir-faire.

La mer, volant d’entraînement pour la relance de l’activité

Une fois bien compris le potentiel à notre portée, il faut raisonner. L’austérité et la politique de l’offre condamnent le pays à l’anémie durable et généralisée. Laisser au marché le soin de découvrir les produits demandés, c’est s’interdire de peser sur le choix des activités à développer et se rendre incapable de faire régresser les activités écologiquement insoutenables. L’économie de la mer est à l’inverse le moyen d’une relance écologique de l’activité. Elle constitue un volant d’entraînement de premier plan : les activités choisies, à leur tour, opèrent une sélection de demandes et de consommations. Notre scénario de relance est donc sélectif. L’économie de la mer est un point d’entrée. Elle couvre un champ très large : recherche, construction et déconstruction navale, algoculture, pisciculture, biotechnologie, énergie, tourisme bleu, etc. L’impact de la relance traverse tous les secteurs et toutes les régions. Par exemple, les hydroliennes et éoliennes offshore consomment des aciers fins produits en Lorraine. L’effet d’entraînement traverse tous les métiers. Car l’investissement et les salaires distribués finissent par atteindre tous les compartiments d’activité, notamment ceux qui vivent directement de la consommation populaire, comme les commerçants. Voilà résumé comment relancer l’activité par une planification écologique de l’entrée en mer, et des investissements publics pour la réorienter en même temps. L’économie de la mer peut être le point de départ d’un engrenage vertueux. Elle produit déjà plus de 50 milliards d’euros de richesses par an, soit 2,5 % du produit intérieur brut (PIB) du pays et emploie déjà plus de 300 000 personnes. On sait donc que c’est possible !

L’économie de la mer se prépare aussi à terre

Un tel appel d’air serait-il soutenable par notre population active ? Oui, en nombre. Non, pour ce qui concerne les qualifications professionnelles disponibles. J’ai connu, comme ministre de l’Enseignement professionnel, la situation de la région de Saint Nazaire, en 2001. La croissance était de plus de 2 %. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée était paralysante. Ici, je n’évoque que la situation du chantier naval. Car ce type de chantier met en mouvement des dizaines de métiers dont on n’imagine pas à première vue qu’ils sont concernés. Par exemple, il faut beaucoup de menuiserie pour construire un bateau. En fait, tous les métiers du second œuvre du bâtiment sont sollicités, en plus de toutes les tâches strictement liées à la métallerie. Un chantier naval, en période de plein emploi régional et donc de pénurie de main-d’œuvre, fonctionne comme un aspirateur à main-d’œuvre qualifiée. Non seulement il en manque sur le chantier, et cela se paie d’une intensification des cadences, mais il en manque également partout ailleurs chez les artisans et les entreprises de la région. Notre relance impliquera donc un terrible coup de collier éducatif pour préparer la main-d’œuvre qualifiée nécessaire, de l’ingénieur à l’ouvrier hautement qualifié.

Bien commun, souveraineté nationale, politique économique, transition écologique, qualifications professionnelles : la mer est un domaine d’intérêt général. C’est de la reconstruction du pays et de l’horizon du peuple français qu’il est question. C’est donc un formidable défi lancé à l’intelligence. Mettons nos pas dans ceux de Fernand Braudel : « La mer… À elle seule, elle est un univers, une planète ». Il est temps de s’emparer des enjeux posés par la mer à la civilisation humaine. Il est temps pour la France de donner l’exemple.

Jean-Luc Mélenchon
Député européen.

 

 

Installations vétustes : coupures d’eau en Guadeloupe

Installations vétustes : coupures d’eau en Guadeloupe.

vendredi 6 juin 2014, par Gérard Borvon

Qui sait qu’il existe un département français où la vétusté des installations de fournitures d’eau oblige à des coupures d’eau programmées par la préfecture ?

Le phénomène n’a pourtant pas fait la une des journaux nationaux ni l’objet d’un reportage lors des journaux télévisés.

Ce département c’est la Guadeloupe.

Lire la suite...

Que fait la flotte française en mer noire ?

Quatre navires de guerre français sont arrivés depuis quelques jours en mer noire, aux côtés du destroyer lance missiles états-unien USS Donald Cook. Je déplore que l’envoi de ces navires n’ait fait l’objet d’aucune communication du gouvernement et qu’ils aient été découverts suite à des signalements des Etats riverains de la mer noire. Visiblement dissimulée sous l’égide de l’opération méditerranéenne de l’OTAN Active Endeavor, la présence de tous ces navires à cet endroit n’était pas prévue. Quand le gouvernement compte t-il s’expliquer devant les Français et la représentation nationale sur ces envois de forces en mer noire ?
 
 

Valls : beark ! beark ! beark !

A la une

Blog de Jean-Luc Mélenchon

10 avril 2014

Les indécrottables gogos du « vote utile » sont servis. Valls va les tondre à souhait comme nous tous le serons ! Et il est à craindre que ce ne soit pas suffisant pour les faire cesser de faire les moutons. Si vous avez le moindre doute, lisez ce qui suit et pour saurez pourquoi il faut vraiment laisser vos bâtons à la maison avant de monter marcher samedi 12, tellement ça pourrait vous démanger de vous en servir ! Le discours de Manuel Valls devant l’enclos de moutons du groupe socialiste enthousiaste est un reniement écœurant. Mais la paille des mots poudrait l’air jusqu’à l’hallucination. Valls brillait par la force du souvenir calamiteux de Jean-Marc Ayrault. Et l’illusion a bien fonctionné si j’en juge par ce que je lis à ce sujet dans la « bonne presse ». Ce  post devrait dégriser ceux des nôtres qui se seraient abandonnés à réduire encore toute la politique au verbiage médiatique ! Le discours de Valls est d’abord et surtout un coup de barre à droite d’une violence égale aux milliards qu’il va prendre au peuple tout entier pour payer la nouvelle pluie de faveurs qu’il va faire ruisseler sur le patronat financiarisé au nom de la glorieuse « politique-de-l’offre-qui-créé-la-demande » de François Hollande. Baisse des cotisations sociales, coupes drastiques dans les dépenses publiques, baisse de l’impôt sur les sociétés, suppression des départements et baisse du nombre de régions… Rien de tout cela n’était dans le programme de François Hollande en 2012. Mais Manuel Valls n’a rien inventé pour autant. Il a seulement pillé le programme de Nicolas Sarkozy, de l’UMP, du MEDEF et même du FN !

Séance tenante cet homme a encore affaibli ce qui reste de majorité parlementaire. Après avoir perdu la participation ministérielle des Verts, il perd contre toute attente la moitié du groupe parlementaire de ce parti pourtant élue sur des circonscriptions cédées par les socialistes. Comment le leur reprocher ? Onze députés socialistes ont eux aussi refusé la confiance en s’abstenant. Et le groupe que préside le communiste André Chassaigne est même passé de l’abstention pour Ayrault au vote contre la confiance au gouvernement ! S’il en est ainsi c’est que l’addition est particulièrement salée et les privilèges promis aux puissants spécialement colossaux !

 

 

Le Père-Noël du MEDEF a parlé

Au-delà des formules de communicants, Manuel Valls a adressé une fin de non-recevoir à la gauche naïve, celle de l’indécrottable « vote utile » qui espérait trouver avec lui la fin de sa honte.  Bien sûr, comme Jean-Marc Ayrault avant les élections, Manuel Valls répète les poncifs du MEDEF : « le coût du travail doit baisser. Il pèse lourd ». Le pacte de responsabilité est confirmé et précisé. Les 20 milliards d’euros de Crédit d'impôt compétitivité seront bien complétés par 10 milliards d’euros de nouveaux cadeaux. Manuel Valls a aussi prévu de supprimer toutes les cotisations patronales sur les emplois payés au SMIC. Et de baisser les cotisations sociales patronales pour la famille de 1,8 point sur tous les emplois payés jusqu’à 3,5 SMIC soit « 90% des salariés ».

Le pacte de responsabilité est même complété par de nouveaux cadeaux fiscaux pour le patronat. Manuel Valls a annoncé plus de 12 milliards d’euros de baisse d’impôts pour les entreprises ! Ainsi, la « C3S », Contribution Sociale de Solidarité des Sociétés sera purement et simplement supprimée. C’est un cadeau de 6 milliards d’euros ! Sans aucune contrepartie. Et comme c’était une contribution basée sur le chiffre d’affaires, les plus grosses entreprises gagneront le plus ! D’autant que les 500 000 plus petites entreprises du pays ne gagneront rien du tout puisque la C3S n’est payée que par les entreprises dont le chiffre d’affaire dépasse 760 000 euros par an. La suppression de cette taxe était la revendication numéro un du MEDEF dans les Assises de la fiscalité des entreprises. C’est un cas typique de l’égoïsme du grand patronat. Car la C3S sert pour l’essentiel à financer le régime social des travailleurs indépendants et des commerçants. Valls satisfait donc le MEDEF sur le dos des travailleurs indépendants !

Le MEDEF peut aussi se frotter les mains pour une autre raison. Manuel Valls prépare un deuxième cadeau fiscal. Il a ainsi annoncé une baisse du taux de l’impôt sur les sociétés. Actuellement de 33%, Manuel Valls a annoncé qu’il serait abaissé à 28% ! Selon les années, un point d’impôt sur les sociétés rapporte entre 1,2 et 1,5 milliards d’euros. Une baisse de 5 points devrait donc coûter au moins 6 milliards d’euros par an de manque à gagner pour l’Etat. Tout le monde n’est pas frappé par l’austérité ! Là encore, c’est un chèque en blanc que fait Valls : la baisse du taux d’impôts sur les sociétés sera aveugle. Elle ne fera pas la différence entre les grandes et les petites entreprises. Et les grandes entreprises pourront continuer à cumuler les niches pour faire encore plus baisser leur facture fiscale. Manuel Valls n’ayant rien dit sur le sujet, il n’y aura pas de contrepartie exigée à cette baisse d’impôt sur les sociétés, ni pour les créations d’emplois, ni en obligation d’utilisation des bénéfices pour l’investissement. Aucune contrepartie au Crédit d’impôt compétitivité, aucune contrepartie au pacte de responsabilité, aucune contrepartie à la suppression de la C3S, aucune contrepartie à la baisse de l’impôt sur les sociétés ! Rien qu’avec ces quatre mesures, le montant total des chèques en blanc de Hollande au grand patronat atteint plus de 42 milliards d’euros par an ! Plus de la moitié du déficit public ! Même Sarkozy n’avait pas fait autant de cadeaux au MEDEF.

Hollande méprise le vote populaire. En guise de réponse, il avait inventé un « pacte de solidarité ». Ce pacte de solidarité a fait pschit. Il aura vécu à peine une semaine. La seule mesure d’apparence favorable aux travailleurs que Manuel Valls a précisée est directement tirée du programme du Front national ! Il s’agit de la baisse des cotisations sociales payées par les salariés les moins bien payés. La proposition Valls-Le Pen a tout pour plaire au MEDEF : augmenter le salaire net pour calmer les revendications salariales sans augmenter le salaire brut ! Dans la campagne présidentielle, Marine Le Pen proposait de « faire prendre en charge par l'Etat 200 euros de cotisations sur tous les salaires jusqu'à 1,4 fois le smic ». Elle ajoutait « Quelle va être la conséquence ? C'est que tous les salaires, jusqu'à 1,4 fois le Smic vont immédiatement augmenter de 200 euros net ». Manuel Valls l’a entendue, elle. Il reprend son idée. Voila ce qu’il en a dit à l’Assemblée nationale mardi 8 avril : « Le meilleur moyen [d’agir sur le pouvoir d’achat] c’est d’agir sur les cotisations salariales pour augmenter le salaire net, celui que l’on touche à la fin du mois. Dès le 1er janvier 2015, elles seront diminuées pour les salaires au niveau du SMIC pour procurer 500 euros par an de salaire net supplémentaire. C’est presque la moitié d’un 13e mois pour un salarié payé au SMIC. Ce gain sera dégressif entre le SMIC et 1,3 fois le SMIC » ! Du Le Pen dans le texte !

Cette mesure est un attrape-gogo. La loi prévoit que l’Etat est obligé de compenser à l’euro près à la Sécurité sociale les allègements de cotisations sociales qui ne sont plus versés. Donc il faudra payer en impôts en plus ou en service public en moins ce qui était avant payé en cotisations sociales ! Sauf à ce que l’Etat ne compense pas la baisse de cotisations malgré l’obligation. Mais, dans ce cas, ce sera creuser le déficit de la Sécurité sociale. Et alors ? Il pourrait ensuite justifier un recul de la couverture des soins, du chômage ou des prestations familiales. Et devoir se payer par soi-même ce qui ne sera plus pris en charge par la collectivité. Dans tous les cas, à la fin, ce sont toujours les salariés qui payeront !

Pour le reste, le « pacte de solidarité » est en fait un pacte d’austérité. Manuel Valls a confirmé que le gouvernement fera 50 milliards d’euros de coupes budgétaires entre 2015 et 2017. Il a précisé un peu la répartition : 19 milliards d’euros de coupes dans le budget de l’Etat, 10 milliards d’euros dans l'Assurance maladie, 10 milliards d’euros dans les collectivités locales et « le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations ». Derrière les formules creuses se cache un jeu de massacre à venir : RSA, aide au logement, Prime pour l’emploi, autres prestations de la Sécurité sociale ou dispositifs de solidarité de l’Etat, on ne sait pas encore où le rabot passera. Mais il passera lourdement : 11 milliards d’euros ! Manuel Valls a aussi précisé qu’il n’avait pas l’intention d’attendre 2015 pour reprendre les amputations à la suite de Ayrault. Il a ainsi prévenu qu’ « au début de l’été, un projet de loi de finances rectificative traduira les économies nouvelles que nous aurons proposées » pour l’année 2014.

Manuel Valls n’a pas précisé comment ces coupes seront faites mais, déjà, la presse relaie les ballons d’essai : poursuite du gel du salaire des fonctionnaires pour 2015 et 2016 ? Abandon de la promesse des 60 000 recrutements dans l'éducation ? Durcissement des conditions d'accès à l'Allocation Spécifique de Solidarité pour les chômeurs en fin de droit ? On ne sait pas encore. Mais une chose est sûre : ça va saigner. L’enrobage de communication ne trompera personne. Quand Manuel Valls clame « je suis pour le respect de nos engagements, pour le sérieux budgétaire, pas pour l’austérité ! », il ment. Il sera le Premier ministre du pire plan d’austérité de l’Histoire moderne du pays.

Cadeaux au MEDEF, austérité et féodalité ! La démocratie locale du pays est aussi dans le viseur du Premier ministre. D’abord par les 10 milliards d’euros de coupes dans les budgets des collectivités locales. Nous avions raisons de dénoncer les mensonges des candidats du PS aux élections municipales lorsqu’ils disaient vouloir refuser l’austérité. Mais la brutalité la plus grande est la reprise de tous les projets sarkoziens de réforme territoriale. Valls prépare le retour à une France féodale. Il annonce la suppression des départements, et la division par deux du nombre de régions. Va-t-on leur demander leur avis ? Non : il a annoncé que les regroupements de régions se feraient « par la loi » et non par des référendums locaux.

Ces attaques sont purement idéologiques. C’est l’Etat républicain garant de l’égalité sur tout le territoire que les libéraux veulent détruire au profit d’une « Europe des régions » libérale et austéritaire. Manuel Valls a d’ailleurs présenté ces changements dans l’organisation territoriale comme des « réformes de structures » nécessaire à « notre indépendance financière ». Valls ne cherche pas le renforcement de la démocratie locale ou un meilleur aménagement du territoire. Son seul objectif est d’imposer l’austérité partout et donc de faire reculer le service public offert aujourd’hui par les collectivités locales. Car sinon, pourquoi lier cette réforme territoriale à « l’indépendance financière » de la France ? La réduction du nombre de régions ou la suppression des départements ne feront pas faire d’économies en elles-mêmes, ou très peu. Car l’argent dépensé par ces collectivités sert à entretenir les routes, faire circuler les trains régionaux, entretenir et construire des collèges et des lycées ainsi que payer les personnels qui les entretiennent, verser le RSA et d’autres allocations à ceux qui vivent dans la pauvreté. Or avec 100 départements ou aucun, et avec 10 régions ou 22, il faudra toujours faire tout cela. Si Valls veut faire des économies avec sa réforme territoriale, c’est qu’il prépare à remettre en cause tout ce système de solidarité et de service public.

Trop c’est trop ! Le message de la sanction populaire n’a pas été entendu par le pouvoir. Hollande reste droit dans ses bottes. Il faut donc protester plus fort. Maintenant, ça suffit ! C’est ce que nous dirons samedi, le 12 avril, dans la rue et le 25 mai dans les urnes.

TOP